• Illustration du profil de Théophile Jesugnon YENOUKOUNME

    Théophile Jesugnon YENOUKOUNME

    23 novembre 2022 à 22h18

    Pieter Cornelis Emmer

    « Encore une fois, les normes et les valeurs occidentales peuvent nous induire en erreur. Les sociétés d’Europe occidentale ne se distinguaient pas seulement par l’absence de l’esclavage et de la traite, mais aussi par des restrictions particulières imposées aux femmes et aux enfants. Comme l’interdiction de l’esclavage, l’exclusion des femmes et des enfants d’un certain nombre de professions et d’activités avait des conséquences économiques néfastes. En Europe, les femmes n’étaient pas censées avoir de métier ou tout au moins le nombre de professions qui leur étaient accessibles était extrêmement limité.

    En zone rurale, elles travaillaient souvent aux champs avec les hommes, mais dans les villes et les villages, leur apport économique était beaucoup plus restreint. De plus, en contraste par rapport à l’Afrique, nombre de femmes ne se mariaient jamais, se mariaient sur le tard ou ne se remariaient pas en cas de veuvage prématuré. Une importante proportion de femmes en Europe restait alors sans enfant.

    Une telle situation était impensable en Afrique. Pratiquement toutes les femmes avaient des enfants et les quelques-unes qui étaient stériles étaient considérées avec méfiance. Parce qu’elles n’avaient pas d’enfant, elles étaient exclues, et on les tenait parfois pour des sorcières. Comme leur fertilité, la diversité de leurs activités économiques faisait que les femmes avaient une valeur économique supérieure à celle des hommes en Afrique et en Asie. Ceci explique pourquoi la majorité des esclaves des traites africaine et arabe était des femmes. L’important nombre d’enfants parmi les esclaves peut s’expliquer de la même façon [9].

    Cependant, quelle que soit la manière dont on cherche à rationaliser le phénomène, et en dépit de toutes les pirouettes culturelles que l’on peut tenter, il semble toujours étrange que l’on puisse vendre des êtres humains pour une arme, quelques pièces de tissu et quelques bouteilles d’alcool [10]. Cependant, les Européens ne sont en droit ni de s’en indigner, ni de donner des leçons à ce sujet. Entre 1600 et 1800, les seuls Néerlandais ont envoyé en Asie plus d’un million de jeunes hommes comme marins ou comme soldats, dont un tiers seulement est revenu. Et dans quel but ? Pour des épices, des tissus et du thé.

    La valeur de la vie humaine était alors bien inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui, et pas seulement en Afrique.

    Ce qui fait que la traite atlantique était unique est que l’achat, le transport et la vente des esclaves étaient guidés par les principes du capitalisme moderne. Aucun des fournisseurs africains ou des acheteurs européens ne pouvait atteindre une position dominante pendant bien longtemps. Il est vrai que toutes les nations européennes tendaient à envoyer leurs navires vers les mêmes zones de la côte africaine pour acheter des esclaves, mais les guerres en Afrique comme en Europe, les conditions météorologiques et les variations de l’offre faisaient que la situation était toujours changeante. »

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