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ACTE 4
Activités de loisirs et identité
Les activités de loisirs et l’identité semblent entretenir des relations étroites et
réciproques, indiquant que l’identité se révèle dans et par les activités de loisirs.
Non contraintes, les activités de loisirs offrent en effet l’occasion à tout un chacun d’y
réaliser des besoins fondamentaux qui ne parviennent à s’exprimer dans les autres
activités (Wallon, 1990). Elles deviennent alors les plus à même de révéler les motivations
intrinsèques de la personne. Dès le plus jeune âge, le « jeu » permet d’assouvir les besoins,
quasi tempéramentaux, pour la nouveauté, le risque, l’excitation, ou pour ceux d’ordre,
de répétition et de contrôle. Ainsi, les motivations pour certaines activités de loisirs
répondraient aux motifs plus généraux de la personnalité, comme en témoignait déjà l’étude de Fauquier (1940) sur la prédilection des préadolescents pour certains loisirs
selon leur personnalité. Ses résultats montraient que les enfants repérés comme
« craintifs soumis », ceux ayant du mal à s’imposer dans les relations aux autres, faisaient
des choix pour des activités solitaires. Celles-ci leur permettaient, selon Fauquier, de ne
pas être confrontés systématiquement à leurs difficultés. L’hypothèse d’une expression
identitaire se retrouve par ailleurs confirmée par le lien existant entre les intérêts et le
choix des activités de loisirs (Holmberg, Rosen & Holland, 1991), renouant ici – à l’usage
des loisirs – le lien précédemment vérifié entre ces mêmes « intérêts » et l’orientation
professionnelle (Vrignaud & Bernaud, 2005).
Le soutien identitaire joué par les activités de loisirs se révèlerait d’autant plus fort à
l’adolescence que celle-ci est une période d’exploration contribuant à des fins
d’achèvement et de complexification de l’identité. Selon Erickson (1968), le statut identitaire des adolescents entretiendrait un lien significatif avec la variété des activités extrascolaires effectuées. Les adolescents ayant un statut identitaire « diffus » (niveaux
moyens d’engagement et d’exploration) et ceux ayant un statut « forclos » (engagement
sans exploration préalable) reportent objectivement moins d’activités de loisirs
diversifiées sur le temps extrascolaire (Coatsworth et al., 2005 ; Schmitt-Rodermund &
Vondracek, 1999). Ainsi, les activités de loisirs contribueraient à la construction
identitaire en lui offrant un domaine d’exploration où se révéler.Dans certains cas les plus extrêmes, l’inclinaison pour certaines activités servirait de
support à la rationalisation d’une pathologie. Les exigences de l’activité seraient
confondues avec l’expression d’autres motifs plus personnels. Par exemple, l’anorexie
serait fréquemment associée à des pratiques sportives qui requièrent un contrôle du
poids (Davis, Kennedy, Ravelski & Dionne, 1994). Cette « exigence » de l’activité
permettrait ainsi de rendre rationnel et socialement acceptable les conduites anorexiques
visibles (Powers, Schocken & Boyd, 1998).
Ces facteurs psychologiques, mais aussi les facteurs socioculturels précités, participent au choix des activités de loisirs. C’est à partir de ce constat que certains auteurs (Marsh,
1992 ; McHale et al., 2001) pondèrent l’incidence des activités de loisirs dans le développement et rappellent leur rôle de facteur modérateur. Admettre que les activités de loisirs ont un rôle propre à jouer dans le développement nécessite alors d’en explorer les mécanismes.
