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    Théophile Jesugnon YENOUKOUNME

    24 novembre 2022 à 13h11

    ACTE 5

    Les mécanismes des effets des activités de loisirs :
    type d’activité, nature et contexte social
    Si les activités de loisirs sont revendiquées pour leur rôle dans le développement, les
    mécanismes potentiels de leur contribution sont rarement élucidés et restent souvent
    présentés de manière isolée (Feldman & Matjasko, 2005). Le recours à une catégorisation
    dans une triade : contexte social – nature de l’activité – aspects psychologiques, peut
    contribuer à les clarifier. En somme, si les caractéristiques inhérentes aux loisirs, qui
    définissent la nature de l’activité, ne constituent pas en elles-mêmes ou à elles seules des
    mécanismes potentiels, les facteurs associés à la pratique peuvent venir les renforcer.
    Chaque pôle est à considérer dans l’étude des médiateurs ou des modérateurs des
    pratiques de loisirs.
    Le contexte social associé aux activités de loisirs
    Le contexte social, le fait que le loisir soit pratiqué avec quelqu’un ou non ainsi que les
    caractéristiques des personnes avec lesquelles il se pratique, sont les aspects les plus
    souvent considérés. Chez les plus jeunes, on a ainsi distingué les loisirs pratiqués avec les
    parents de ceux pratiqués avec les pairs. Selon la littérature, la contribution positive au
    développement de l’enfant serait plutôt au bénéfice des premiers (McHale et al., 2001 ;
    Piko & Vazsonyi, 2004). Chez les adolescents, si la majorité d’entre eux pratique des
    activités sans leurs parents, en revanche, l’existence de relations positives avec
    l’animateur ou l’entraîneur a également été relevée par certains auteurs. Ainsi, le
    bénéfice des activités de loisirs au niveau du bien-être émotionnel s’expliquerait par le
    soutien fourni par ces adultes non apparentés (Eccles, Barber, Stone & Hunt, 2003). Par
    ailleurs, dès la prime adolescence, le fait que l’activité de loisirs soit pratiquée avec ou
    sans pairs est à prendre en compte.
    Activités collectives versus individuelles : la présence ou non de pairs. Dans le domaine
    cognitif, l’incidence du caractère collectif ou individuel des activités a pu être relevé
    (Clarisse, Le Floc’h, Testu & Tricoche 2004 ; Testu, Alaphilippe, Chasseigne & Chèze, 1995).
    Par ailleurs, la familiarité avec la pratique d’activités extrascolaires collectives agirait
    différemment sur les niveaux et les variations de l’attention en situation scolaire selon
    l’âge des enfants (Le Floc’h, 2005). Ainsi, dans la continuité des travaux de la
    chronobiologie (Reinberg, 2003), la synchronisation collective par la vie entre pairs
    apparaît comme un des facteurs susceptibles d’intervenir sur les processus
    psychologiques, en particulier sur ceux nécessaires à l’ajustement scolaire.
    Concernant les dimensions plus conatives, des résultats divergents ont pu être indiqués. Il
    est souvent revendiqué que l’aspect collectif, notamment dans le sport, favorise le
    développement des compétences sociales, de la solidarité et d’un certain bien-être
    (Danish, Taylor & Fazio, 2003). De manière empirique, cette hypothèse n’est pas
    confirmée. Les préadolescents pratiquant des sports collectifs ne se différencient de ceux
    qui n’en pratiquent pas ni pour l’altruisme, ni pour l’anxiété sociale (Kindelberger, 2006). La notion d’activité collective mérite cependant précision car certaines activités sportives
    dites « individuelles » (tennis, judo…) ne sont incontestablement pas des sports d’équipe,
    mais nécessitent au moins un pair pour sa pratique (« l’adversaire »). De ce fait, ces sports
    nécessitent également des régulations sociales. À l’opposé, certains sports sont bien
    individuels (gymnastique, athlétisme), dans le sens où ils ne nécessitent pas de se
    confronter à quelqu’un et peuvent être effectués de manière complètement solitaire.
    Quant à leur pratique de compétition, ils requièrent pour gagner, non pas de battre
    autrui, mais surtout de se surpasser soi-même pour finir vainqueur (Viira & Raudsepp,
    2000). Cette distinction permet de montrer que les adolescents pratiquant des sports
    impliquant un adversaire ont une meilleure estime de soi sociale que ceux pratiquant un
    sport « à surpassement » (Kindelberger & Le Floc’h, 2007).
    En dehors des activités sportives, il apparaît que les activités de loisirs hautement
    individuelles, ou aucun pair n’est présent, comme la lecture, sont associées à un niveau
    plus élevé d’anxiété (Simon & Martens, 1979). Elles prédisent également l’augmentation
    de sentiments dépressifs au fil du développement (McHale et al., 2001). Si la présence de
    pairs dans les activités extrascolaires semble donc favorable au bien-être émotionnel des
    adolescents, les caractéristiques de ces pairs fournissent également un champ
    d’investigation.
    Les caractéristiques des pairs fréquentés dans les activités extrascolaires. La propension à
    fréquenter des pairs « à risque » sur le temps extrascolaire a suscité de nombreux
    questionnements (Eccles et al., 2003). Ainsi, différents travaux effectués aux États-Unis et
    en Suède relèvent que la fréquentation de maisons de quartier, accueillant un certain
    nombre d’adolescents antisociaux, tend à promouvoir le développement des conduites
    délictueuses (Mahoney & Stattin, 2000 ; Markstrom, Li, Blackshire & Wilfong, 2005). A
    contrario, Eccles et Barber (1999) montrent que la pratique d’activités de loisirs avec des
    pairs, non-déviants cette fois, est susceptible de favoriser les conduites déviantes (par
    exemple la consommation d’alcool et de drogues). Ils s’appuient sur la théorie
    psychosociologique des opportunités (Cloward & Ohlin, 1960). Pour eux, il n’existe pas de
    pairs déviants au préalable, c’est la situation en elle-même, l’absence de supervision
    adulte, qui offre l’occasion de découvrir ces produits. De manière similaire, cet aspect
    expliquerait aussi pourquoi il existe une concentration d’adolescents « à risque » dans les
    maisons de quartier (Mahoney & Stattin, 2000). Ces différents travaux remettent en avant
    non pas l’influence des pairs en soi mais bien celle du niveau de structuration qui définit
    une caractéristique inhérente à l’activité sur laquelle nous reviendrons par la suite.
    Outre l’influence plus ou moins néfaste des pairs par le contexte social qu’ils induisent
    (ou fournissent), ceux-ci peuvent également jouer un rôle activateur pour la motivation
    et la satisfaction à la pratique des activités de loisirs, même les plus exigeantes (Castillo,
    Balaguer, Duda & García-Merita, 2004 ; Patrick et al., 1999). À l’adolescence, période où les
    pairs offrent un support à l’expression des besoins développementaux, leur présence peut
    être la raison principale de l’engagement dans les activités. L’insatisfaction liée au
    manque d’attention de la part des pairs, et ce notamment chez les filles, prédit ainsi
    l’arrêt de l’activité (Patrick et al., 1999).
    Les pairs susciteraient donc un certain engagement dans l’activité, de même que
    l’investissement quantitatif autant que qualitatif de l’adolescent lui-même.

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