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    Théophile Jesugnon YENOUKOUNME

    24 novembre 2022 à 13h37

    ACTE 6

    Le rôle de l’individu lui-même dans les loisirs

    Niveau d’investissement dans l’activité.

    D’une manière générale, le temps libre, entendu
    cette fois comme la quantité d’heures par semaine que les adolescents consacrent aux
    activités extrascolaires, n’est pas sans conséquence sur leur ajustement tant académique
    que social. Cependant, la relation entre le niveau de pratique de l’activité et l’ajustement,
    loin d’être simple et linéaire (plus on pratique, meilleur est l’ajustement) semble plutôt
    relever d’un effet curvilinéaire.
    Concernant les activités « extracurriculaires », Marsh (1992) relève qu’elles n’ont un effet
    positif sur l’ajustement scolaire que si un temps significatif leur est consacré. En deçà d’un certain niveau d’investissement, elles présenteraient au contraire un effet
    préjudiciable. Comparés à ceux qui ne pratiquent aucune activité extrascolaire, les élèves
    qui s’investissent peu dans les activités voient en effet leur niveau académique chuter.
    Cette relation curvilinéaire se retrouve également entre les activités sportives et la
    consommation de drogues et d’alcool. Si une pratique faible ou modérée semble dans un
    premier temps réduire ce type de consommation par rapport à ceux qui n’en ont aucune,
    la pratique intensive la favoriserait d’autant plus (Peretti-Watel & Lorente, 2004).
    La nature complexe des relations entre les activités extrascolaires et leurs conséquences
    potentielles serait à l’origine de la diversité des résultats observés sur la simple comparaison « pratique d’une activité versus non-pratique » (Feldman & Matjasko, 2005).
    Dépassant la stricte approche quantitative du nombre d’heures passées à pratiquer une
    activité, il convient également d’interroger la manière dont l’adolescent s’y engage.

    Nature de l’investissement dans l’activité : but et motivation.

    La manière dont un adolescent
    s’engage dans une activité recouvre, en partie, le but de sa pratique, ce qu’il y recherche.
    Deux buts principaux peuvent être repérés. Ils renvoient respectivement à la détente ou à
    la compétition. Cette différence dans le but poursuivi viendrait modérer les conséquences
    d’une même activité.
    Ces buts sont à rapprocher de buts sociaux plus généraux qui semblent distinguer les
    filles des garçons. Ces derniers privilégient la compétition et la recherche de dominance,
    tandis que les filles se centrent plus sur la coopération et l’affiliation. Pour ces dernières,
    les activités de loisirs seraient plus fréquemment envisagées comme des activités de
    détente. D’une manière générale, les adolescents peuvent faire les mêmes activités et y
    consacrer autant d’heures, sans pour autant avoir les mêmes motivations. De ce fait, ils
    connaîtraient des voies de développement distinctes (Viira & Raudsepp, 2000).
    La pratique d’un sport de manière récréative serait alors bénéfique pour l’estime de soi,
    l’image du corps, le « bien-être » psychologique et protègerait de l’anxiété et du stress
    (Eccles et al., 2003). À l’inverse, lors d’une pratique compétitive, une augmentation des
    symptômes dépressifs est observée ainsi que des troubles comportementaux consécutifs
    tels l’alcoolisation, le risque suicidaire et la consommation de drogues (Storch, Storch,
    Killiany & Roberti, 2005). Ceci s’expliquerait en partie par le changement de rôle lié à ces
    deux types d’engagement. Une fois passés dans « l’élite », les adolescents ont à gérer
    différents rôles qui peuvent affecter l’ajustement socio-émotionnel. En effet, des conflits
    difficiles à réguler peuvent apparaître entre les différents domaines de vie (scolarité et loisirs) et devenir perturbants pour l’adolescent (Ratelle et al., 2005). Associées à une
    pression environnementale plus forte, la quantité et l’intensité des émotions négatives seraient amplifiées et s’accompagneraient de conséquences néfastes pour l’ajustement
    socio-émotionnel.
    La motivation pour la pratique semble aussi intervenir. Toute activité extrascolaire,
    qu’elle soit sportive ou artistique, nécessite d’être réalisée pour elle-même et de manière
    flexible. Autrement dit, seule la motivation intrinsèque aux loisirs permet de promouvoir
    un bon ajustement. La réalisation d’activités de loisirs pour des raisons concomitantes,
    relevant de motivations plus extrinsèques (faire de la musique parce que c’est une
    tradition familiale ou pour se prouver à soi-même sa valeur) est associée à davantage de
    difficultés émotionnelles. Dans ce cas, Vallerand et al. (2003) relèvent durant la réalisation
    de l’activité une émotion négative particulière, la honte, qui n’est pas présente pour des
    activités réalisées de manière harmonieuse.
    Notons que cette différence repérée par les auteurs intervient essentiellement lorsque
    l’activité de loisirs est très investie : la personne y consacre du temps, de l’énergie et la
    reconnaît comme importante dans sa vie. Ces propriétés fondent le loisir comme une
    « passion ». Il participe à la définition de soi et constitue une part de l’identité. D’où
    l’importance que revêt le type de motivation quant à l’engagement dans le loisir.

    Le contexte social et la manière dont les adolescents s’engagent dans les activités sont
    parfois revendiqués comme médiatisant totalement les effets des activités de loisirs
    (Feldman & Matjasko, 2005). Cependant, la nature même des activités extrascolaires reste
    à considérer dans cette analyse.

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