• Illustration du profil de Théophile Jesugnon YENOUKOUNME

    Théophile Jesugnon YENOUKOUNME

    24 novembre 2022 à 13h56

    ACTE 7 : FIN SUR LES LOISIRS

    La nature de l’activité
    Nonobstant « avec qui », « comment » ou « à quel niveau » l’activité est pratiquée, il
    convient de s’interroger sur la définition des caractéristiques propres à celle-ci. Chaque
    activité, par elle-même, recouvre certaines exigences psychologiques ou
    comportementales. Pour spécifier les sollicitations propres à chaque activité, l’analyse
    peut être abordée sous un angle quantitatif portant sur le niveau de structuration, ou
    bien encore selon une approche ergonomique.
    Niveau de structuration. Le niveau de structuration est une dimension relevée par Stattin
    et ses collaborateurs pour expliquer l’avènement ou le renforcement de conduites à
    risques (Mahoney & Stattin, 2000 ; Mahoney et al., 2004). La notion de structuration
    recouvre six caractéristiques : participation à des horaires réguliers, engagement
    dans une activité guidée par des règles, emphase mise sur le développement de
    certaines compétences qui augmente en complexité et en challenge au cours du temps,
    performances dans l’activité nécessitant une attention soutenue, présence d’un
    feedback sur le niveau de performance et direction de l’activité guidée par un adulte
    (Hunter & Csikszentmihalyi, 2003 ; Mahoney et al., 2003). Il apparaît que les activités
    structurées et « exigeantes » favorisent l’adaptation académique et sociale (Marsh, 1992).
    À l’inverse, celles plus faiblement structurées (fréquentation de maisons de quartier,
    sports de rue…) sont relativement néfastes quant aux conduites à risques des adolescents
    (Eccles & Barber, 1999 ; Mahoney et al., 2003). L’absence de structuration serait associée à
    un certain ennui, l’activité ne proposant aucun challenge motivant pour l’adolescent
    (Caldwell et al, 1992). L’ennui et l’anxiété ressentis durant le temps extrascolaire avaient
    déjà été associés à un moindre sentiment de compétences et au développement des
    conduites tabagiques à l’adolescence (Smith & Caldwell, 1989). Ces résultats ont généralement alerté les chercheurs et acteurs sociaux (Eccles et al., 2003 ; Mahoney &Stattin, 2000). Pourtant, le temps extrascolaire ne peut être complètement occupé par des
    activités structurées et exigeantes. Les activités de détente, sans sollicitations
    particulières et sans adulte, sont appréciées et recherchées par les adolescents, ceci leur
    permettant de se construire hors de la socialisation proposée par les adultes (Zaffran,
    2000).

    Par ailleurs, on peut s’interroger sur le fait que la présence ou l’absence de structuration
    soit une « condition nécessaire et suffisante » pour avoir les effets susmentionnés.
    L’absence de structuration recouvre le plus souvent l’absence de supervision des activités
    de loisirs par un adulte. Les loisirs non-structurés semblent surtout délétères lorsqu’ils
    sont pratiqués avec des pairs « à risques ». Ceci questionne un autre aspect du contexte
    social relevé par Mahoney et Stattin (2000). Face à l’imbrication des dimensions « niveau
    de structuration de l’activité » et « contexte social où elle se pratique » (présence de pairs
    à risques), les effets respectifs de chacun de ces termes peuvent légitimement être soumis
    à l’investigation. Le faible niveau de structuration aurait-il une influence en soi ou ne
    servirait-il que d’appel à certains adolescents déjà déviants ? Ainsi, en tenant compte de
    ces deux facteurs de manière séparée, Persson et al. (2004) ont montré que la
    fréquentation d’une maison de quartier, dans laquelle les activités de loisirs sont peu
    structurées, n’est pas en soi problématique. C’est bien à la fréquentation de pairs
    antisociaux que l’on peut attribuer le développement des conduites à risques. La
    contradiction apparente dans les résultats, issue en partie de conceptualisations
    distinctes, nécessite une définition rigoureuse de ce que recouvre l’idée de structuration,
    notamment en neutralisant ce qui fait appel au contexte social.

    Enfin, les effets des activités de loisirs pouvant être contrastés selon le domaine
    considéré, il conviendrait de caractériser ces activités par les compétences
    psychologiques qu’elles requièrent.
    Caractéristiques inhérentes à l’activité. Toute activité ou situation possède une écologie
    particulière offrant des opportunités de développement selon ses sollicitations au niveau
    physique, cognitif et social. Ces sollicitations sont à l’interface de la situation et de la
    personne (Mischel & Shoda, 1995). Autrement dit, toute activité sollicite certaines
    dimensions de la personnalité ou certaines compétences, lesquelles vont se développer au
    fur et à mesure de sa pratique. Ce mécanisme a largement été étudié dans le cadre de la
    psychologie du travail (Loarer, Vrignaud & Cloutier, 2000). On a ainsi pu montrer qu’il
    existe une congruence entre le type d’intérêt des personnes et le type d’intérêt
    caractérisant leur environnement professionnel (Vrignaud & Bernaud, 2005).
    De manière similaire, chaque activité de loisirs peut être caractérisée par ce qu’elle
    sollicite au niveau cognitif, social et émotionnel. Certaines activités, parce qu’elles font
    surtout appel à des compétences bien particulières, viendraient alors les renforcer ou les
    développer. C’est ainsi que Marsh (1992) propose d’expliquer la contribution à une
    meilleure réussite académique par la tenue d’un journal au lycée. Cette activité
    extrascolaire exige le développement de nombreuses compétences également attendues
    dans la scolarité : compétences langagières mais aussi organisation et planification du
    travail, capacité à travailler en groupe… De même, la pratique de sports de combat est
    repérée comme susceptible de favoriser l’agression et les conduites antisociales parce
    qu’elle fait appel à des compétences physiques et à une certaine combativité (Endresen &
    Olweus, 2005). Une fois développées, ces compétences associées à une confiance en soi et
    des attentes de réussites (Bandura, 1980) sont alors facilement transposables et utilisables
    dans les situations de conflit. Ces observations invitent également à reconsidérer la construction de l’identité de genre
    par les activités de loisirs. Si les garçons privilégient le sport et les filles les activités
    manuelles et artistiques, ceci devrait a contrario favoriser le développement de
    caractéristiques non typiques de leur sexe. En effet, la nécessité de régulation sociale et
    d’habiletés interactionnelles inhérentes aux sports ainsi que les dimensions instrumento-spatiales qui existent dans les activités artistiques pourraient venir « contrarier » le
    développement monolithique d’une identité de genre (McHale et al., 2004). Ce constat
    crédite l’importance de relever de manière beaucoup plus fine les caractéristiques des
    situations proposées par les diverses activités de loisirs. Il apparaît que l’utilisation d’une
    approche plus ergonomique, se focalisant sur les sollicitations de l’activité, permettrait
    d’éviter les classifications a priori, susceptibles d’amoindrir les résultats par un
    regroupement trop large d’activités dans une même catégorie. Ainsi, elle pourrait offrir
    des voies de recherches fructueuses pour étudier le rôle effectif des loisirs dans le
    développement.

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