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Théophile Jesugnon YENOUKOUNME a publié dans le groupe Développement durable
• 24 novembre 2022 à 12h16Théophile Jesugnon YENOUKOUNME• 24 novembre 2022 à 12h15Acte 2
Les activités de loisirs des enfants et des adolescents comme milieu de développement
Children’s and adolescent’s leisure activities as developmental context
Cécile Kindelberger, Nadine Le Floc’h et René Clarisse
» Le développement de l’enfant est un processus complexe qui se réalise au sein de divers
milieux. Si la famille et l’école sont les premiers milieux de développement de l’enfant, les
activités de loisirs peuvent également revendiquer leur place comme milieu de vie et de
développement (Bronfenbrenner, 1979). Alors que les loisirs constituent un champ
d’investigation qui a su trouver sa légitimité dans la littérature anglo-saxonne, cette
perspective reste plus marginale en France. Traditionnellement, ce champ reste plutôt
dévolu aux sociologues qui le posent comme un temps en expansion à considérer dans une
perspective sociohistorique (Dumazedier, 1962).
Le temps des loisirs fournit pourtant l’occasion d’évoluer dans d’autres milieux,
susceptibles de contribuer de manière spécifique et significative au développement
cognitif et social, les enfants et les adolescents n’y sont pas passifs. En effet, les loisirs
constituent un domaine où des choix peuvent être effectués. Les loisirs apparaissent ainsi
comme des révélateurs des intérêts et des besoins psychologiques des enfants et des
adolescents. En ce sens, ils sont susceptibles d’apporter des informations utiles aux
psychologues et conseillers d’orientation-psychologues sur les interactions entre la
personnalité de l’adolescent et son environnement. De nombreux facteurs semblent en
effet à l’œuvre dans les relations associant les caractéristiques personnelles des jeunes
aux activités de loisirs qu’ils pratiquent.
Ainsi, l’objectif poursuivi ici est de contribuer à mieux comprendre la place qu’occupent
les loisirs dans le développement de l’enfant et de l’adolescent. Nous proposons dans un
premier temps de redéfinir les activités de loisirs d’un point de vue psychologique et de
comprendre leur rôle dans le développement par la mise en perspective de différents
travaux disponibles sur cette question. Dans un second temps, nous revenons sur les
facteurs socioculturels et individuels qui contribuent à la prédilection pour certaines
activités de loisirs. Enfin, nous cherchons à clarifier les mécanismes en jeu pouvant
expliquer comment les loisirs interviennent dans le développement.Les activités de loisirs :
un temps extrascolaire et un milieu de développement
Concevoir les activités extrascolaires comme milieu de développement exige de les situer
préalablement par rapport aux concepts de temps extrascolaire et de loisirs, et en
particulier par leurs évolutions historiques.
Le temps extrascolaire : un temps dégagé de l’école
La question du temps libre et des loisirs a traditionnellement été développée en France
dans le champ de la sociologie et a été plus spécifiquement théorisée pour les adultes.
L’idée de temps libre (qu’on peut associer à la première signification du mot « loisir ») est
une notion purement quantitative, c’est l’élément résiduel issu du non-travail. Il est
appelé par Dumazedier (1962) « temps ipsatif », manière d’exprimer un « temps à soi »,
non contraint par des contingences externes (incluant aussi bien le temps professionnel
que le temps ménager). En psychologie du travail, des auteurs proposèrent quant à eux de
modéliser les interactions étroites entre temps de travail et hors travail, suggérant en
particulier l’intervention active et compensatoire des loisirs dans les ajustements au
travail (Curie & Hajjar, 1987 ; Curie, Hajjar, Marquié & Roques, 1990).
Le pendant chez l’enfant se retrouve par l’utilisation du terme « temps extrascolaire ». Ce premier niveau, le plus souvent quantitatif, permet de définir les moments dégagés des obligations scolaires. Il est opposable au temps passé dans l’école (scolaire), mais aussi à
celui consacré aux devoirs et/ou aux déplacements pour se rendre à l’école (périscolaire).
Le temps extrascolaire a connu en France une évolution historique. En un siècle, le temps
occupé par l’école s’est réduit de près de 40 % (Sue & Rondel, 2002). Ce constat rejoint
celui proposé dans la littérature anglo-saxonne qui suggère que 50 % du temps éveillé
constitue un temps libre (Fine, Mortimer & Roberts, 1990 ; Larson & Verma, 1999).
L’expansion de ce temps extrascolaire légitime s’il est besoin l’intérêt qu’il convient de lui porter.Le loisir, fondé par le choix et le plaisir
L’acceptation actuelle du mot loisir renvoie aussi à un niveau plus subjectif : d’un simple
« temps à soi », il recouvre dorénavant différents modes de pratique des activités de
loisirs, ayant pour objectif l’épanouissement ou la réalisation de soi. Le loisir n’est plus
seulement un temps mais devient en ce sens un véritable milieu de développement,
susceptible d’apporter une contribution au développement de la personne.
En interrogeant directement les représentations subjectives des adolescents, nous voyons
apparaître les critères nécessaires et suffisants, issus de leur définition, qui fondent le loisir comme milieu de développement. De cette manière, les activités réalisées entre pairs correspondent à l’activité de loisirs « prototypique » (Bartko & Eccles, 2003 ;
Zaffran, 2000), et ce, quel que soit le pays (Fitzgerald, Jospeh, Hayes & O’Regan, 1995). Les
adolescents plébiscitent aussi largement les multimédias et le farniente. Moins l’activité
apparaît contrainte et contiguë aux exigences scolaires, plus elle correspond à l’idée de loisirs chez les jeunes. Cependant, ils pratiquent aussi des activités relativement
exigeantes, comme le sport, qui, si elles ne correspondent pas à leur vision centrale de
loisirs, peuvent avoir le statut de hobbies pour eux.
Au travers de ces représentations, deux dimensions fondamentales apparaissent : le libre
choix et le plaisir dont la centralité s’affirme avec l’avancée en âge (Passmore & French,
2001). Ces dimensions inhérentes aux loisirs leur confèrent une variabilité dans le temps
qui leur est consacré autant que dans la nature des activités réalisées.
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