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ACTE 3
Des activités extrascolaires variées et de natures différentes
Les études mesurant de manière fine la diversité des activités de loisirs effectuées, par agenda hebdomadaire ou technique du « beeper », relèvent un panorama large et
varié (Larson & Richards, 1991 ; McHale, Crouter & Tucker, 2001 ; Viira & Raudsepp, 2000).
Elles nous indiquent par ailleurs que les activités extrascolaires présentent de nombreuses variations liées aux opportunités quotidiennes mais aussi saisonnières,
rendant par là d’autant plus difficile leur étude systématique.
Face à cette abondance d’activités de loisirs potentiels, différentes taxonomies ont été
proposées. Ainsi, Passmore et French (2001) classifient les activités extrascolaires selon le
but poursuivi dans l’activité, suggérant de cette manière une dimension psychologique
aux activités. Ces auteurs identifient trois catégories principales de buts poursuivis :
les activités de « réalisation de soi », nécessitant des régulations cognitives et sociales importantes (sports, arts…), (b) les activités sociales, prétextes à la relation avec les pairs (discuter, chatter, sortir…) et (c) les activités de détente, sans exigences particulières (
farniente, écoutes télévisuelles et radiophoniques…) Ce type de regroupement a priori
permet d’envisager sur quelles caractéristiques de la personne les activités de loisirs sont
susceptibles de jouer. L’influence possible des activités de loisirs propose ainsi qu’au-delà d’un simple temps, ces activités revendiquent un véritable statut de milieu de
développement.Les loisirs comme milieu de développement
La notion de « milieu » en psychologie du développement suggère l’intervention des
conditions physiques ou sociales dans le développement de l’enfant. En ce sens, un milieu n’existe pas uniquement parce qu’il possède des caractéristiques en lien direct avec l’enfant mais surtout parce qu’il l’influence (Bronfenbrenner, 1979).
Les activités de loisirs forment-elles un réel milieu de développement ? La recension des travaux variés sur la question le suggère, en particulier parce que ces activités sont bien
associées de manière spécifique à l’adaptation scolaire, comportementale et
émotionnelle. Cependant, les résultats restent parfois mitigés voire contradictoires selon
les sources. Ainsi, au niveau de l’adaptation scolaire, certains travaux montrent que les
activités extrascolaires favorisent la réussite académique (Eccles & Barber, 1999 ; Eccles,
Barber, Stone & Hunt, 2003 ; Marsh, 1992) et protègent contre le décrochage scolaire
(Mahoney & Cairns, 1997 ; Mahoney, Cairns & Farmer, 2003). A contrario, d’autres
proposent que ces activités puissent être néfastes à la scolarité (McHale et al., 2001 ;
Ratelle, Vallerand, Senécal & Provencher, 2005).
Le même patron contrasté de résultats apparaît si l’on considère l’incidence de ces
activités sur les conduites à risques, consommation d’alcool, de drogues ou comportements antisociaux (Bartko & Eccles, 2003 ; Mahoney & Stattin, 2000 ; McHale et
al., 2001). Si certains travaux suggèrent que les activités « extracurriculaires » (3)
protègent contre les conduites à risques et la propension à la criminalité (Eccles et al.,
2003 ; Mahoney, 2000), d’autres ont pu montrer que la fréquentation de maisons de
quartier et les sports collectifs augmenteraient la consommation d’alcool et les conduites
antisociales (Eccles & Barber, 1999 ; Mahoney, Stattin & Lord, 2004 ; Peretti-Watel &
Lorente, 2004 ; Persson, Kerr & Stattin, 2004).
L’apparente contradiction des résultats pose la question des mécanismes en jeu dans les
effets de ces activités. L’interrogation porte sur leurs valeurs effectives et sur la fonction médiatrice des activités de loisirs dans les relations étudiées. L’influence en amont
d’autres facteurs sur leur pratique serait alors à considérer.

